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"L'expression artistique est un outil essentiel à l'éveil d'une population, pour lui donner la possibilité d'être plus consciente et donc plus apte à exprimer ce qu'elle a à dire...." lire >>

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Cultures en friche

Halles, entrepôts, casernes, bâtiments construits hier à des fins industrielles ou commerciales trouvent aujourd’hui un nouvel usage.

Europe - Fin du Xxème siècle - Ere post-industrielle, post-marchande, post-militaire - Des paysages urbains et leurs lieux-symboles, usines, docks et autres casernes se vident de leur raison d’être. Ils tombent en déshérence, leur mémoire en suspens. Passage brutale d’une époque à l’autre qui laisse des quartiers défigurés, des populations désemparées…. et ouvre des perspectives d’occupation, de création, de transformation imprévues. Parmi ces lieux désertés, certains ont subis des liftings, en profondeur. Et retrouve une nouvelle vie. Dans la réflexion et la fête, la fabrication et le recyclage, le respect de l’identité de chacun et la vie communautaire. Quand les acteurs d’un univers culturel sous-terrains et abstrait rencontrent une réalité toute concrète et désaffectée, on baigne en plein paradoxe. Et cela donne des lieux impertinents, parfois chaotiques, à l’évidence vivants. Une nouvelle génération de lieux de culture. On les appelle friches, fabriques, espaces alternatifs. Certaines institutions ont décidé de s’y intéresser, d’autres de les ignorer. En tout cas elles existent. Et se multiplient, en développant leurs domaines d’actions, en élargissant les publics visés. Elles se lient en réseaux à travers le monde entier : Artfactories ou TransEuropeHalles répertorient des centaines de complexes, en projet ou déjà en activité. La plupart des friches naissent de la rencontre du manque et du désir. Le phénomène est évidemment plus perceptible en Europe du Nord où les espaces à combler ne manquent pas, désindustrialisation et délocalisation oblige. Des villes comme Berlin ou Bruxelles, victimes des stigmates laissés par la seconde guerre mondiale, ont appris très tôt à réutiliser les architectures, à vivre dans des espaces en perpétuels mutation. A Lièges, une ancienne gare devient le SoundStation : en un seul et même lieux une salle de spectacle, un restaurant réputé, un café, un studio d’enregistrement. Et le tout est loin de s’adresser à une cible exclusivement jeune, bohémienne et forcément avertie… Les friches sont des scènes ouvertes sur la cité et le monde. La pluridisciplinarité des lieux draine un public très hétéroclite : étudiants, jeunes cadres, passionnés de musique, amateurs de concerts et de soirées "différentes". A l’instar de l’Europe, si le nord de la France est plutôt « hyper réactif >> avec Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen, ou La Laiterie à Strasbourg, le sud peine à suivre. Marseille tire son épingle du jeux et a su investir l’espace de ses particularités architecturales, les docks, les entrepôts. Avec ses 12 hectares d’ateliers installés sur le site même des manufactures de tabac, la Belle de Mai est un modèle de foisonnement artistique : l’écrivain Jean Pierre Ostende a pu y rencontrer les musiciens d’IAM ou des Troublemakers et le metteur en scène Armand Gatti. A Nice, il faut souligner l’action, plus subversive, du collectif des Diables Bleus et de la Brèche, installés dans les anciennes casernes St Jean d’Angely. Soumis à un contrat d’occupation précaire et surtout éphémère, confrontés à une absence de dialogue avec les collectivités publiques, le collectif et ses activités ont parfois du mal à s’y développer, à mener à bien toutes les actions sociales, éducatives prévues en amont. Pourtant les soirées s’y succèdent, les artistes y créent et y exposent. Tout en sachant qu’un jour, sans nul doute proche, il faudra partir. Institutions et « normalopathie >> . Là est tout le paradoxe, l’ambition, l’intérêt des lieux culturels indépendants : garder son autonomie et en même temps interagir dans et avec la ville, la région. Quelles alternatives les pouvoirs publics proposent-ils à des jeunes qui tentent de résoudre leur situation de précarité culturelle en se donnant les moyens de mettre en œuvre leurs projets ? Et mener à bien ces projet à Nice, l’expérience le montre, c’est être tributaire du bon « vouloir >> du « pouvoir >> politique. On parle d’un projet de friche culturelle à vocation européenne dans les quartiers est de la ville. Et déjà les espoirs, les passions et les rêves d’un grand nombre d’ « oubliés >> du tout culturel se réveillent : « Nous ne disposons à l'heure d'aucun dispositif qui permette à notre société de s'élever dans l'art et dans la culture. Alors à quoi bon penser que cette même société puisse purger ses peines et ses incompréhensions ailleurs que dans la violence et l'excès >> Espérons qu’il ne s’agissait que d’un oubli.

21 Sep 2005





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